
Installée sur 100 m2 au rez-de-chaussée du Bâtiment d’art contemporain (BAC), en plein cœur du quartier des Bains, la médiathèque est un espace de recherche et de consultation, de diffusion et de médiation. Elle est dotée de quatre postes de travail individuels, qui viendront compléter un espace de projection modulable ainsi qu’une bibliothèque spécialisée.
Le Fonds André Iten, fort de 2000 titres, parmi lesquels 1300 œuvres, constitue la pierre d’angle de cette médiathèque; la collection du FMAC, qui vient se joindre à ce fonds, devrait rapidement s’enrichir en regard de ce dernier et de son histoire. Un recensement et un inventaire scientifique détaillé du Fonds André Iten sont en cours de réalisation, en vue d’une large accessibilité.
du 3 février au 2 juin 2012
vernissage le jeudi 2 février 2012, dès 18h

© Paul Viaccoz, Qu'elle était verte ma vallée, 2009, Videostill
Dans l’exposition «Attention à la suite», proposée en 2005 par le Centre pour l’Image Contemporaine, Paul Viaccoz construisait, dans une ambiguïté souvent teintée d’absurde, de dérisoire ou de douce ironie, un univers ordonné avec une minutie et un scrupule rigoureux mais qui, devant le propre étonnement de l’artiste, ne cessait de lui échapper. Cette exposition, dans la mise en place et la présentation de cet univers, inaugurait par la même occasion une collaboration et une réelle amitié avec le directeur du Centre pour l’Image Contemporaine, André Iten. Sous le titre «Le responsable de l’économat est aujourd’hui indisponible», l’exposition présentée à la Médiathèque s’inscrit donc dans une forme de continuité, affective et réflexive: en effet, si le désir de poursuivre cette collaboration avait été déjà émis en 2005, c’est tout naturellement qu’il semble pouvoir prendre corps en 2012 à la Médiathèque – à cet égard, notamment, le Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève a poursuivi l’acquisition des œuvres vidéo de l’artiste, initiée alors par le Centre pour l’Image Contemporaine.
«Le responsable de l’économat est aujourd’hui indisponible» pourrait ainsi se définir comme un prolongement, qui se joue du temps en faisant état du développement du travail de l’artiste; passé maître dans l’art du bricolage, Paul Viaccoz tire parti des récurrences, des juxtapositions et des spéculations, tant dans les formes que dans les représentations, dans des dialogues sans cesse renouvelés.
La maquette d’un économat, supposé au centre d’un complexe psychiatrique, représente ici le noyau d’un récit qui se tisse dans une temporalité; la temporalité d’un texte tout d’abord, qui accompagne cette construction miniature, un texte aussi serré que le modèle réduit, plongeant le spectateur dans l’âme d’un esprit tourmenté par le contexte dans lequel il vit et par les règles qu’il a dû s’y aménager; la temporalité d’une vidéo ensuite, petit incise narrative (et psychotique) extraite du texte précédent, ou celle encore d’une vaste peinture murale, comme une inscription physique dans un panorama. Une possible échappatoire – et une narration autre ou complémentaire – pourrait se trouver dans les œuvres qui environnent la maquette: des planches d’entomologiste et de botaniste alternent avec des «autoportraits», souvent peu congrus, dans de vastes dessins à la mine de plomb, noirs et ténébreux.
Si l’atmosphère reste des plus sombres, elle n’en est pas moins chargée de non-sens et de dérision. Paul Viaccoz utilise la figure du double, aux contours toujours plus troubles, comme un médium de projection et, selon Vincent Barras, l’humour comme un moyen de représentation. Véritable espace de liberté, ouvert à l’interprétation, dépourvu de toute volonté d’une quelconque fixation du sens, l’humour n’évoque pas ici une absence de détermination ou une intention purement critique, mais plutôt une prise de conscience de la difficulté à appréhender un environnement, qu’il soit naturel ou social. Si, dans ses mises en scène, Paul Viaccoz invite des éléments tirés ou ancrés dans la nature, il agit, même de manière détournée, dans une aspiration romantique; la nature ne représente pas un espoir de refuge, un espace confident ou l’image du sublime, mais, bien que conservant ces acceptions, elle paraît tout autant incompréhensible, voire est mise à mal par l’artiste lui-même.
Au travers du burlesque ou au travers de la seule représentation, l’équilibre se voit sans cesse perturbé, et ce malgré l’extrême conscience avec laquelle l’artiste a pris soin de planter le décor et le propos. À ce sujet, les œuvres vidéo de Paul Viaccoz sont exemplaires : elles pourraient se distinguer en deux catégories, l’une mettant en scène l’espace intime, domestique, ou tout du moins clos, contexte d’expérimentations et d’actions, minimales et régulées, qui se rattachent davantage à des projections de l’esprit, l’autre le paysage, l’environnement urbain et, plus souvent, le milieu naturel, s’inscrivant plutôt dans une forme d’aspiration, généralement liée au déceptif, qu’il s’agisse du résultat d’un geste mené par l’artiste ou d’un fait qu’il subit, sur lequel il n’a pas prise.
Brouillant continuellement les pistes, formelles ou interprétatives, mêlant des perspectives souvent éloignées, conviant l’humour et le non-sens comme (seule?) échappatoire, l’univers de Paul Viaccoz dépeint un état du monde où même la plus absurde des résistances est, dans son mérite d’exister, pourvue d’une force incisive comme de la plus douce poésie.
Stéphane Cecconi
Du mardi au samedi de 11h à 18h.
Sauf événements particuliers ou sur rendez-vous
