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Archives InterroGE - Question / réponse
Mise à jour: 14.09.2016

Archives InterroGE - Question / réponse

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Quand les étuves médiévales ont-elles cessé d'exister ?

Question répondue le 11.12.2017


Bonjour,

Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :

Dans l'"ABCdaire du bain" http://bit.ly/2ACwWXi , Françoise de Bonneville indique que :

« Si la finalité des thermes romains était le plaisir de l'eau et le bain de foule, celle de l'étuve médiévale est le jeu et la fête [...]. On barbote des heures en compagnie, en toute nudité. [...] On l'aura compris, les bains de cette période, privés ou publics, sont devenus bien davantage un "dérivatif ludique" qu'une pratique de propreté [...]. Ils vont alors commencer à décliner pour plusieurs raisons. D'abord d'ordre moral, car les étuves [...] devinrent aussi le lieu de plaisirs plus libertins, certains établissements étant de véritables maisons de rendez-vous. Devant l'incapacité à endiguer cette licence et sous les injonctions de plus en plus pressantes de l'Église, peu à peu ils seront fermés sur ordonnance. En France, le glas sonne en 1566. A l'anathème du clergé s'ajoute le mot d'ordre des médecins : "Etuves et bains, je vous en prie, fuyez-les ou mourrez", car avec les menaces répétées de la peste et de la syphilis, vapeur et bains chauds acquièrent une mauvaise réputation. [...] Ainsi disparurent les bains pendant presque deux siècles. »

Georges Vigarello dans son ouvrage "Le propre et le sale : l'hygiène du corps depuis le Moyen Âge" http://bit.ly/2B0BWb3 dresse un portrait détaillé des pratiques autour des étuves à Paris et en Europe et de leur disparition dans la première partie intitulée "De l'eau festive à l'eau inquiétante" et en particulier dans le chapitre "Transgressions" :

« C'est que l'histoire des étuves touche à une autre histoire encore : celle du temps ludique et festif, celle des plaisirs et du jeu. Dans ce cas, c'est aussi d'illégalisme et de transgression dont il ne peut manquer d'être question. [...] »

Plus loin, Vigarello raconte plusieurs procès entourant les étuves autour des années 1500.

« Les étuves sont lentement et de plus en plus perçues comme autant de lieux d'instabilité. Alors que la ville se structure, au XVe s. différenciant les centres des faubourgs, quadrillant certains de ses quartiers [...] de telles institutions inquiètent par l'exemple toujours présent de sociabilités confuses, ou tout simplement délinquantes. Elles autoriseraient une licence en définitive mal résorbée, qui perturbe plus qu'elle n'équilibre, qui corrompt plus qu'elle ne protège. Lieux de dissipation, elles sont vécues comme occasions de troubles toujours moins tolérés. Ce mode de perception et la réalité dont elle procède pèseront nécessairement sur l'existence des étuves elles-mêmes. Au tout début du XVe s. déjà celles-ci sont interdites dans la cité de Londres et ses faubourgs. L'ordonnance prise par Henri V, en 1411, évoque "les blessures, abominations, dommages, troubles, meurtres, homicides, larcins et autres nuisances" dont sont cause "les hommes et femmes de mauvaise vie fréquentant les étuves de la cité et des faubourgs". [...] L'aventure des étuves passe donc par un affrontement avec la loi. »

Nous vous conseillons également "Le livre du bain" http://bit.ly/2AVE2ZD de Françoise de Bonneville. Un chapitre entier traite des bains médiévaux et ce livre contient également de nombreuses illustrations. Concernant directement votre question vous lirez à la page 80, que « [...] partout en Europe, la seconde moitié du XVIe siècle signe bel et bien la désaffection des bains et de l'eau en général qui, bientôt, ne coulera plus que pour remplir les bassins des fontaines et animer les jeux d'eau. [...] On se contentera d'une toilette sans eau [...] les bains de chambre ne seront plus ordonnés qu'à des fins thérapeutiques par les médecins, qui en ôteront tous plaisir les faisant précéder de diète, et suivie de saignées et de repos au lit. »

Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.

Cordialement,

Les Bibliothèques municipales de la Ville de Genève http://www.bm-geneve.ch

Pour www.interroge.ch http://www.interroge.ch

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