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Archives InterroGE - Question / réponse
Mise à jour: 14.09.2016

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A quel moment de l'histoire italienne se réfèrent les paroles de "Il neige sur le lac Majeur" chanté par Mort Schumann ?

Question répondue le 07.07.2015


Bonjour,

Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :

Dans cette compilation de Mortimer Shuman que nous avons aux Bibliothèques municipales (BM) de la Ville de Genève "Mort Shuman, ses plus belles chansons" http://bit.ly/1dJmVdq , Mort Shuman donne un petit commentaire pour chacune des chansons de l'album. Pour "Le lac Majeur" il écrit : "Etienne Roda-Gil a eu l'idée d'écrire le lac majeur en se rappelant l'histoire de Bakounine s'échappant avec la caisse de son parti. Il s'offrit un voyage de noce en Italie et fit donner à sa femme un grand feu d'artifice".

Sur le site québécois "Les auteurs et compositeurs de la chanson francophone" http://bit.ly/1dJnaFv  vous trouverez une biographie d'Etienne Roda-Gil écrite par Frédérick Blais, vous permettant d'avoir une brève description de la vie et de l'œuvre de cet auteur.

La Radio Télévision Suisse (RTS) a consacré son émission "Voix au chapitre" http://www.rts.ch/archives/tv/culture/voix-au-chapitre/3509
887-etienne-roda-gil.html
 du 18 avril 1974 au parolier-poète Etienne Roda-Gil. A partir de la 34e minute de cette vidéo de 46 minutes, Mort Shuman explique à nouveau que "la neige sur le lac Majeur n'était pas de la neige mais un feu d'artifice géant offert à sa femme".

Pour clore le chapitre Etienne Roda-Gil, nous vous proposons encore ce portrait proposé par Judith Perrignon dans le journal "Libération" du 29 juin 2000 sous le titre "Homme de parole" http://www.liberation.fr/portrait/2000/06/29/homme-de-parol
e_329066
. L'artiste s'y exprime ainsi : "Les chansons, ça raconte ma putain de vie quotidienne, c'est transparent. L'historicité c'est ma vie quotidienne."

La biographie de Michel Bakounine intitulée "Bakounine" http://bit.ly/1dJnxQd  et écrite par Madeleine Grawitz traite au chapitre 35 "LA BARONATA (1874)" de l'épisode qui nous intéresse. Nous vous proposons quelques extraits de ce chapitre présentant un certain intérêt par rapport au sens des paroles de la chanson de M. Shuman "Le lac Majeur" :

"En revanche, la maison présentait beaucoup de commodité comme lieu de refuge. On pouvait se glisser inaperçu jusqu'au bord du lac, libre dans toutes les directions. Pour éviter la douane, on pouvait gagner l'Italie en canot. […] Pour fêter dignement, à la russe, le retour d'Antonia, Michel devait écarter les soucis financiers. Cerrutti fut chargé de préparer un grand feu d'artifice. […] Si l'on comprend Bakounine, on peut aussi imaginer les motifs du changement d'attitude Cafiero. Il manifeste simplement le premier ce qui deviendra ensuite l'attitude de tout le groupe d'intimes de Bakounine. A l'occasion de son voyage à Barletta, il découvre la disparition d'une grande part de sa fortune. Surtout, il retrouve en Italie Malatesta, André Costa, tous ses camarades, plongés dans la préparation de l'insurrection italienne, et l'argent dépensé pour la Baronata lui paraît tout à coup une trahison. Le souci des aménagements, les plans financiers auxquels il ne comprend rien, enfin la réception d'Antonia, le feu d'artifice, tout lui semble un contraste odieux avec ceux qui poursuivent fidèlement le droit chemin de la révolution. […] Pendant cette période "infernale", Bakounine reçut les camarades italiens venus le consulter sur le mouvement insurrectionnel imminent. Les militants ignoraient tout de la crise et leur attitude demeurait inchangée, respectueuse et fraternelle."

L'une des sources de Madeleine Grawitz pour écrire cette partie de la biographie de Bakounine est le témoignage d'un exilé Debagori Mokrievitch. Celui-ci écrit dans la "Revue blanche" en 1895 ses "Souvenirs sur Bakounine" https://fr.wikisource.org/wiki/Souvenirs_sur_Bakounine  :

"A Locarno, lac Majeur […] A cette époque, Bakounine ne s'enthousiasmait plus pour les choses révolutionnaires russes. Au contraire, dans ses paroles perçait une sorte de scepticisme à l'égard des russes. […] Toutes ses espérances étaient concentrées sur les peuples latins, surtout sur les Italiens ; il employait tout son temps et toute son énergie à conspirer au milieu d'eux. C'est pourquoi il trouvait que Locarno, situé à la frontière de la Suisse et de l'Italie, était un point qui lui convenait merveilleusement. C'était le centre révolutionnaire où les conspirateurs italiens venaient secrètement s'entretenir avec lui."

Jean-Christophe Angaut, maître de conférences en philosophie à L'Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines (Lyon), tient un blog sur le révolutionnaire russe Michel Bakounine (1814-1876). Le 5 février 2015 il y a publié un article intitulé "Bakounine et le Lac Majeur" http://atelierdecreationlibertaire.com/blogs/bakounine/bako
unine-et-le-lac-majeur-820/
. Cet article commence ainsi :

"Une amie m'a récemment transmis une question (de la part de son père) : il semblerait que la chanson "Le Lac Majeur", interprétée par Mort Shuman, contienne une allusion à Bakounine, mais celle-ci est peu évidente…". Tout l'article nous semble intéressant par rapport à votre question mais nous vous rendons attentif au lien avec l'anecdote du feu d'artifice rapportée par James Guillaume dans "L'Internationale, Documents et souvenirs" http://bit.ly/1dJpv33 , tome 3, 5e partie, chapitre 8 :

" Ce fut le 13 juillet que Mme Bakounine arriva à la Baronata avec ses trois enfants et son vieux père. Ross était allé les prendre à Milan. Des notes quotidiennes de Bakounine, qui vont du 13 juillet au 13 octobre 1874, disent: « Lundi 13. Arrivée d’Antonie, que Ross, parti hier dimanche, a rencontré à Milan, avec toute sa famille, papa et les enfants. Arrivés à onze heures et demie. Enchantés. Soir illumination et feu d’artifice, arrangés par Cerrutti. Le soir tard survient Carlo Cafiero. » Cafiero revenait de Barletta, rapportant les dernières bribes de sa fortune dilapidée, et ayant fait de sérieuses réflexions. Le lendemain, de son côté, Mme Bakounine faisait part à son mari de bruits qu’on faisait courir en Italie, et que lui avait rapportés Gambuzzi : on disait que Bakounine exploitait la confiance et l’inexpérience de Cafiero, et qu’il abusait de son amitié généreuse pour le ruiner."

En final, nous vous proposons cet article de Marco Danesi "Quand l'esprit de révolte souffla en Suisse" http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ba3fbee0-d1ca-11e1-9867-018
7a9f83426/Quand_lesprit_de_r%C3%A9volte_souffla_en_Suisse
 paru dans le journal "Le Temps" du vendredi 20 juillet 2012.  L'auteur y propose un pèlerinage sur les lieux fréquentés par Michel Bakounine pendant trente ans. Il y "a cultivé son idéal libertaire entre Zürich et Genève. L'esprit de l'anarchiste russe survit au Jura." Vous pourrez y retrouvé l'épisode de la Baronata entre 1873 et 1874.

Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.

Cordialement,

Les Bibliothèques municipales de la Ville de Genève http://www.bm-geneve.ch  

pour Interroge http://www.interroge.ch

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