Ville de Genève

SITE OFFICIEL

 
Archives InterroGE - Question / réponse
Mise à jour: 14.09.2016

Archives InterroGE - Question / réponse

Retrouvez nos réponses archivées. Leur contenu pouvant devenir obsolète, nous vous rendons attentifs à la date de publication.

Pourquoi se déguise-t-on lors de la fête de l'Escalade ?

Question répondue le 08.04.2014


Bonjour,

Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :

Sur le site officiel de la Ville de Genève http://www.ville-geneve.ch/histoire-chiffres/histoire-escal
ade/
nous lisons :

"L'Escalade aujourd'hui: le carnaval des Genevois :
Le 12 décembre, Genève s'anime pour célébrer un des jours les plus attendus de l'année par les plus jeunes: la fête de l'Escalade. La coutume veut que les enfants et collégiens se déguisent et défilent dans les rues. Le soir, ils frappent aux portes pour entonner les chants traditionnels: le Cé qu'è lainô et Ah! La Belle Escalade, contre quelques pièces de monnaie..."

Dans l'article "Les mascarades de l'Escalade au 19e siècle" de Jacques Tagini, paru en 1971 dans la revue "Schweizerisches Archiv für Volkskunde" http://data.rero.ch/01-R250944460, l'auteur nous donne quelques pistes sur le sujet qui vous intéresse. Ce document est aussi disponible en ligne sur le site "Retro Seals" http://dx.doi.org/10.5169/seals-116690.

Au chapitre 4 "Les déguisements", Tagini écrit ceci :

"Si l'on recherche les raisons qui ont poussé les Genevois à se déguiser à l'occasion de l'Escalade, les réponses qu'on enregistre des informateurs mettent le plus souvent en évidence le désir de moquer les Savoyards. Cette idée apparaît à travers certains déguisements tandis que, pour la plupart, l'on ne décèle véritablement aucun rapport à ce sujet. [...] On a vu qu'au début du 19e siècle, le déguisement le plus en vogue consistait à endosser une chemise blanche et à se coiffer d'un bonnet de coton. Plus tard, ces déguisés portaient en outre, en guise de masques, de vieux bas blancs troués à la place des yeux, du nez et de la bouche. [...] Arthur Massé confirme "qu'on a voulu ainsi s'amuser en ridiculisant d'un côté les Savoyards qui, armés jusqu'aux dents, ont pris piteusement la fuite devant les Genevois sortis à peine vêtus, de leur maison pour les combattre, et de l'autre, en singeant nos ancêtres courant dans les rues presqu'en chemise."
Ce détail sur la tenue des défenseurs de Genève est très souvent mentionné [...].
Déjà dans la chanson de la Belle Escalade, parue en 1793, l'on parlait de ces défenseurs à peine vêtus :
"L'alarme enfin se répandit,
Chacun d'un saut quitta son lit,
Et lorsqu'ils combattaient,
Sans culottes ils étaient."
On pourrait aussi considérer ces amples chemises comme autant de voiles blancs, tenue traditionnelle des fantômes, des revenants, symboles des ancêtres défunts, qui, à certaines périodes de l'année, retournent sur la terre pour mettre en déroute les influences maléfiques, pour chasser le noir cortège des esprits mauvais et apporter de la sorte libération et purification [...] à Genève, ce déguisement entend bien évoquer les vaillants défenseurs de 1602."

A la page 132 on peut lire "Il faut attendre que Charles Roumieux évoque ses souvenirs de jeunesse, de 1830 à 1845, pour avoir quelques indications précises: Les enfants seuls se déguisaient au moyen d'une chemise et d'un bonnet de coton blanc, pour représenter les citoyens sortant de leurs lits, afin de repousser les envahisseurs ; d'autres se travestissaient en femme, avec des robes de leurs soeurs ou de leurs voisines, des demoiselles vêtues en gamins ; tout ce petit peuple courait les rues, allant chanter dans les cafés et chez les pâtissiers, récoltant ainsi un ou deux florins qu'ils se partageaient."

Au chapitre 3 "Les bals masqués et les concours de costumes" voici ce qu'écrit Tagini : "Très tôt, semble-t-il, la commémoration de l'Escalade a été prétexte à l'organisation de bals, masqués ou non. En 1632 déjà, deux femmes comparaissent en Consistoire accusées qu'elles sont d'avoir dansé en cette occasion".

Cette explication est confirmée dans l'ouvrage "La terre helvétique : ses moeurs, ses coutumes, ses habitations par le texte et par l'image" par Heinrich Brockmann-Jerosch http://data.rero.ch/01-0663809 :

"Pourquoi ces déguisements et ces mascarades ? Ceux qui font les entendus parlent à mi-voix des espions venus dans la cité avant l'affaire, sous-vêtements de marchands d'oeufs et de beurre. On allègue les braves Genevois alarmés sautant du lit et combattant en chemise, sans culottes. [...] Pour le folkloriste, la vérité est autre ; c'est un cas frappant de la résurrection de coutumes séculaires qui, refoulées un temps, se font de nouveau jour et reprennent, avec d'autres noms, leur droit à l'existence. Le Carnaval, très vivant dans la Genève d'autrefois, fut chassé de la cité huguenote ; mais, toujours aux aguets, il saisit cette occasion pour se placer ailleurs sous un faux nom."

Voici encore quelques documents pour en savoir davantage :

Les Archives d'Etat, dans le cadre de l'Exposition "L'Escalade : Au-delà du mur" célèbrent en 2002 le quatre-centième anniversaire de l'Escalade et proposent en ligne de nombreux documents avec illustrations http://etat.geneve.ch/dt/archives/escalade-66-2191-940.html. Nous possédons le catalogue de l'exposition à la Bibliothèque de Genève (BGE) http://data.rero.ch/01-R003706392.

ainsi que ceux-ci :

- "La vie quotidienne au temps de l'Escalade" de Paul-Frédéric Geisendorf http://data.rero.ch/01-0331453

- "Ce que l'Escalade dit aux femmes de Genève" http://data.rero.ch/01-R003046102

- "Joyeusetés genevoises et célébrités de la rue : 1830 à 1860 Souvenirs humoristiques et moeurs populaires genevoises : 1830 à 1845" de Charles Roumieux http://data.rero.ch/01-0986249

Son auteur explique notamment ceci :

"Une remarque assez curieuse, c'est que plus le Genevois se fond dans l'élément étranger, dans le cosmopolitisme, plus cette fête devient nationale, se développe et prend de l'extension [...] Genève, ville huguenote, ne pouvant se distraire avant le Carême dut profiter des fêtes de l'Escalade, et les moeurs des étrangers habitant cette cité, transformèrent un souvenir patriotique en une kermesse gigantesque où les lois de la bienséance n'avaient rien à redire. Ne nous plaignons pas de cette invasion, puisqu'elle tend à conserver chez nous la mémoire d'un glorieux fait d'armes, et cela réjouissant la population toute entière."

Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.

Cordialement,

La Bibliothèque de Genève pour Interroge

http://www.ville-ge.ch/bge

http://www.interroge.ch


Partage

Partager cette page

Facebook Twitter LinkedIn Google+
Suggestions
La Ville est sur facebook

Découvrir d'autres pages du même chapitre :