Ville de Genève

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Mise à jour: 03.06.2015
 

Discours de législature 2015-2020

Au début de chaque nouvelle législature, la maire ou le maire prononce devant le Conseil municipal, au nom de l'ensemble du Conseil administratif, un discours annonçant les grands axes de ce que sera le travail de l'exécutif durant les cinq prochaines années. Ce discours a été prononcé par Esther Alder, maire de Genève, le 2 juin 2015.

Monsieur le Président du Conseil municipal,
Mesdames les Conseillères municipales,
Messieurs les Conseillers municipaux,
Mesdames et Messieurs,

En 2014 et 2015, Genève a fêté les 200 ans de son entrée dans la Confédération. Les commémorations ont ceci de bon qu’elles offrent un espace de réflexion non seulement sur le passé, mais aussi sur le présent. Le Bicentenaire n’a pas échappé à cette règle. Il a été l’occasion de revisiter notre histoire, bien sûr, mais aussi de porter un nouveau regard sur ce qui fait la particularité de notre ville aujourd’hui, et de mieux prendre sa mesure, tant au niveau suisse qu’au niveau international. Forte de ce regard sur son passé, forte d’une identité suisse et internationale assumée, Genève peut maintenant poursuivre avec confiance sa route vers l’avenir.

Malgré de nombreux facteurs d’incertitudes, nous avons en effet de quoi être raisonnablement optimistes. Deuxième ville de Suisse, deuxième place financière, Genève est dynamique et prospère, et elle a la capacité d’anticiper les changements. Son rayonnement en Suisse et dans le monde est extraordinaire. Cœur d’une agglomération transfrontalière de près d’un million de personnes, elle jouit d’une grande vitalité économique. Elle attire de nombreuses entreprises étrangères sur son sol, et les entreprises locales et régionales y trouvent un terrain propice à leur développement.

Genève est aussi une ville singulière. Avec des ressortissantes et des ressortissants de près de 190 nationalités, elle est depuis toujours pluriculturelle. La diversité des parcours et des expériences de ses habitantes et de ses habitants en fait une société fortement cosmopolite et plurielle. Grâce entre autres à son riche tissu associatif, Genève parvient à harmoniser ses différentes facettes avec talent.

Notre ville est reconnue comme l’une de celles où la qualité de vie est la meilleure au niveau international. Soucieuse du bien-être de ses habitantes et de ses habitants, elle offre en effet des conditions de vie exceptionnelles sur les plans politique, économique, social et culturel. La disponibilité et la qualité des biens, des infrastructures et des services, l’offre en matière de culture et de divertissement, ainsi que la qualité du climat et de l’environnement sont régulièrement relevées par la société anglaise de conseil Mercer, qui passe au peigne fin les conditions de vie dans 420 villes du monde.

Genève est une ville de culture. Ses musées et bibliothèques, ses grandes institutions culturelles, les nombreuses manifestations qui sont proposées constituent l’un des atouts majeurs de notre ville. Elle se distingue aussi par une offre de loisirs extrêmement riche et dynamique, notamment en matière sportive.

Genève est une ville de savoirs et de recherche, qui attire des talents du monde entier. A cet égard, le campus Biotech, qui accueillera à terme plus de 1000 chercheuses et chercheurs, s’avère très prometteur. L’UNIGE est aujourd’hui une des meilleures universités de Suisse selon le classement de Shanghai qui fait référence dans le monde entier. Nos institutions muséales contribuent activement à la recherche et s’inscrivent dans des réseaux académiques internationaux. La réalisation de la Maison de la paix a permis de donner un fabuleux écrin à l’Institut de hautes études internationales et du développement ainsi qu’à trois centres de recherche de la Confédération, et une nouvelle visibilité au caractère international de Genève. Relevons aussi l’apport essentiel des Hautes écoles spécialisées à la vie de la Cité.

Capitale des droits humains, Genève est un carrefour pour de nombreux enjeux locaux et globaux. Elle est une ville-monde, dévouée à la promotion de la paix et de la coopération internationale. L’ «esprit de Genève», si bien décrit par Robert de Traz en 1929, continue d’irriguer puissamment notre ville, qui compte près de 30 organisations internationales, plus de 120 organisations non gouvernementales et plus de 160 pays représentés par une ou plusieurs missions diplomatiques, soit environ 30'000 emplois.

Les mutations de ces dernières années et une croissance mal maîtrisée ont engendré une répartition inégale des richesses, des situations d’exclusion et des comportements de peur et de repli. Genève devra affronter à l’avenir de nombreux défis environnementaux, économiques et sociaux. Nous devons anticiper l’évolution des besoins socio-économiques dans une région en pleine métamorphose. Et cela dans un contexte fédéral tendu, influencé par les conséquences économiques liées au franc fort, par la future mise en œuvre de l’initiative du 9 février 2014 contre l’immigration de masse et son impact sur les accords bilatéraux européens, par le lancement de l’initiative pour la primauté du droit national ainsi que par la troisième réforme de l’imposition des entreprises.

Dans un environnement marqué par une baisse de la fiscalité, que ce soit celle des personnes physiques en 2009 ou celle, à venir, des personnes morales, relever ces défis sera difficile. La réforme de l’imposition des entreprises pourrait provoquer des pertes fiscales pour la Ville estimées actuellement à 63 millions de francs, soit plus de 5% de son budget annuel. La perte de ces revenus aurait un impact certain sur les prestations. Nous mettrons tout en œuvre pour maintenir les revenus de notre commune. Si nous sommes favorables à l’unification du taux d’imposition des entreprises, nous souhaitons toutefois des compensations pour les pertes à venir. La Confédération, le canton et les communes doivent trouver ensemble une solution pour déterminer ces compensations.

Le projet d’adaptation de la péréquation financière intercommunale pourrait également amoindrir les ressources de la Ville, en dirigeant notamment le produit de l’impôt vers les communes de domicile au détriment des communes du lieu de travail. Pourtant, en tant que ville-centre, Genève assure des prestations qui profitent à tout le canton. Chaque année, la Ville dépense entre 110 à 120 millions de francs au profit des autres communes genevoises, alors qu’elle ne reçoit que 13 millions de francs à travers la péréquation financière intercommunale. Ce rôle de ville-centre doit être reconnu – et ce serait une mauvaise idée de mettre en péril le cœur dynamique de l’agglomération. Les autorités communales doivent ainsi conserver des ressources financières pour agir et une autonomie d’action qui leur permette de répondre aux problèmes quotidiens de leurs habitantes et habitants, et des pendulaires qui bénéficient également des prestations.

A cet égard, le dossier de la répartition des tâches entre le canton et les communes nous inquiète. Le désenchevêtrement devrait avoir comme objectif l’amélioration de l’efficience des prestations publiques, tant en termes de qualité que de coûts. A contrario, nous refuserons que le canton restreigne les moyens d’action des communes, tout en leur transférant de nouvelles charges financières. De même, nous refuserons que le système de bascule fiscale, qui prévoit la possibilité pour le canton d’augmenter ou de diminuer le centime additionnel des communes, ne puisse pas faire l’objet d’un référendum.

Sans maîtrise de la croissance, sans diminution des inégalités, le risque de fracture sociale est grand. Aujourd’hui, la cohésion sociale est fragilisée par les disparités de revenus, les inégalités de répartition du capital social et culturel, la crise du logement, le chômage, la peur de l'autre, l'individualisme croissant et la pauvreté. Nous devons continuer à offrir à la population des prestations de qualité qui réduisent les inégalités et encouragent le lien social et le vivre-ensemble.

Genève doit aussi promouvoir une économie locale et durable, reposant sur un tissu économique diversifié, capable de générer des emplois tout en préservant des conditions de travail de qualité. Elle devra aussi à l’avenir réfléchir et agir pour adapter les activités économiques actuelles aux changements induits par les nouvelles technologies. Nous assistons par exemple aujourd’hui à l’émergence de l’économie collaborative, appelée également économie du partage.

Cette économie, basée sur la coopération et la mutualisation, est en train de révolutionner nos manières de consommer dans bien des domaines, comme le montrent les pratiques de Car-sharing ou de partage d’appartements. Par ailleurs, de nombreuses prestations et activités évoluent avec les nouvelles technologies, qui peuvent offrir des possibilités de participation active des habitantes et des habitants.

Enfin, la diminution des ressources environnementales, la préservation de la biodiversité et le changement climatique constituent également un défi pour notre ville, avec des conséquences très concrètes non seulement sur la santé et la qualité de vie, mais aussi sur le vivre-ensemble et l’économie. Nous devrons proposer des alternatives, changer nos habitudes et transformer nos modes de fonctionnement.

Face à ces constats, il s’agit de nous demander quelle est la ville que nous voulons pour demain. Quelles seront les priorités du Conseil administratif?

Nous voulons d’abord une ville solidaire et durable, fondée sur un socle de valeurs qui nous paraissent intangibles, comme l’égalité, l’ouverture, la diversité et la responsabilité. Cette perspective continuera de guider toutes les politiques publiques du Conseil administratif durant ces cinq prochaines années. Nous voulons maintenir la qualité de vie et adapter les prestations aux besoins de la population. Il s’agira en particulier de soutenir les familles avec la création de nouvelles places de crèches et l’augmentation de l’offre para et périscolaire. Il nous paraît nécessaire de poursuivre nos efforts pour contribuer à offrir des logements sociaux, notamment pour les personnes et les familles vulnérables.

Dans une société où le lien social a tendance à se défaire, nous voulons intensifier les actions d’inclusion sociale, notamment à destination des migrants, des jeunes et des personnes âgées, et lutter contre toutes les formes de discriminations. Nous maintiendrons les prestations en faveur des personnes à revenus modestes, et nous envisageons de lancer une véritable politique de la vieillesse à l’échelon municipal.

Nous continuerons à soutenir les associations, qui sont des partenaires incontournables dans toutes les politiques publiques. Piliers de la cohésion sociale et de la solidarité, les associations ont un contact privilégié avec les réalités du terrain. A ce titre, elles sont les baromètres des nouveaux besoins sociaux. En orientant et en relayant les demandes des citoyens auprès des autorités, elles nous permettent de comprendre les attentes de la population et de nous y adapter.

A l’heure où il est beaucoup question d’insécurité, nous voulons consolider la sécurité de proximité en nous appuyant tant sur la prévention que sur les sanctions. Nous souhaitons en particulier renforcer la présence des agents de la police municipale sur le terrain, et lutter contre la délinquance, les incivilités et les excès de vitesse, notamment aux abords des écoles. Nous voulons aussi assurer la tranquillité publique.

La solidarité internationale restera également une priorité: le budget de la Ville consacré à cet engagement devrait passer de 0,62% aujourd’hui à 0,7%.

Nous voulons ensuite une ville responsable, qui s’engage à préserver une gestion saine des finances publiques et à maîtriser la dette. Il s’agira dans ce cadre de valoriser et de rééquilibrer le financement des charges de ville-centre, et d’obtenir une répartition équitable des ressources entre les communes genevoises et les régions limitrophes. Pour assurer le financement de ses infrastructures, de ses grands équipements et des quartiers en mutation, Genève devra maintenir un niveau d’investissements élevé.

La réalisation des projets de logements et d’équipements publics dans le périmètre Praille-Acacias-Vernets, la rénovation et l’agrandissement du Musée d’art et d’histoire, la construction de l’écoquartier de la Jonction, l’aménagement du périmètre de la Gare des Eaux-Vives avec la Nouvelle Comédie et les équipements sportifs, l’extension souterraine de la gare Cornavin, l’arrivée du CEVA à Champel, le réaménagement de la rade et la mise à niveau des infrastructures sportives mobilisent ou vont mobiliser d’importantes ressources financières.

Par ailleurs, le patrimoine administratif et financier de la Ville, en particulier les bâtiments des écoles, les grands ensembles de logements et plusieurs centres sportifs nécessitent des rénovations urgentes. Nous devrons donc définir et mettre en œuvre une stratégie de compensation des pertes fiscales annoncées, maîtriser les coûts et identifier des pistes d’augmentation des recettes mais également d’économies tout en maintenant un même niveau et une même qualité de prestations. A cette fin, il est impératif d’obtenir une plus grande équité dans la répartition des ressources entre communes.

Nous devrons aussi chercher des solutions diversifiées pour le financement des investissements. Le Conseil administratif entend renforcer son ouverture aux partenariats publics-privés à but non lucratif, dans un cadre transparent et respectueux de l’intérêt public.

Nous voulons aussi une ville verte. 2020 sera une date butoir en Europe et dans le monde concernant plusieurs engagements internationaux dans le domaine du climat et de la biodiversité. C’est l’occasion pour Genève de rappeler et de développer sa politique environnementale. Nous poursuivrons la végétalisation et l’arborisation de la ville en dehors des parcs et des promenades, tout en encourageant la biodiversité locale. Il nous paraît aussi nécessaire de favoriser le tri des déchets urbains et d’assurer la propreté et la convivialité des espaces publics. Afin de limiter les nuisances liées au trafic automobile, nous donnerons la priorité à la mobilité douce et aux transports publics, ainsi qu’à la piétonisation des rues.

Nous voulons une ville dynamique et créative. Il conviendra à l’avenir de renforcer l’attractivité de Genève en la promouvant comme ville d’innovation, que ce soit en matière sociale, culturelle, économique ou environnementale. Le soutien actif à la culture et au sport, à travers l’offre de proximité et plusieurs grandes manifestations, contribue à la prospérité de la région et à l’image de notre ville.

Nous voulons soutenir une économie innovante, plurielle et diversifiée, qui permette l’émergence de start-up innovantes et d’entreprises locales. Nous voulons également soutenir l’économie sociale et solidaire qui encourage les initiatives de proximité ancrées dans le tissu urbain et tournées vers les besoins locaux. Nous souhaitons favoriser les circuits courts, qui rapprochent les producteurs et les consommateurs. De manière générale, Genève doit poursuivre ses engagements en faveur du développement économique endogène, en promouvant le tissu économique local dans toute sa diversité. Nous voulons aussi soutenir la recherche scientifique ainsi que le dialogue entre le milieu académique et la Cité. Genève favorisera ainsi un réseau dense de compétences de niveau international.

Enfin, nous voulons défendre les communes. Dans le cadre du débat concernant la répartition des tâches entre le canton et les communes, il nous paraît indispensable de réaffirmer, de maintenir et de développer l’autonomie et les compétences de la Ville de Genève. Mais Genève ne peut pas ne veut pas faire cavalier seul. Nous avons besoin d’une approche concertée avec nos voisins, que ce soient les autres communes genevoises, le canton, Vaud et la France. C’est pourquoi nous nous engageons à élargir l’intercommunalité au niveau de l’agglomération et à mutualiser les ressources.

Nous voulons aussi renforcer notre collaboration avec les réseaux de villes nationaux et internationaux afin de faire face aux enjeux urbains. Par ailleurs, la défense des intérêts de notre commune passe aussi par une implication accrue des habitantes et des habitants dans les décisions qui les concernent. Nous voulons donc stimuler les processus participatifs avec les associations et la population.

Mesdames et Messieurs,

Les enjeux auxquels Genève devra faire face durant cette nouvelle législature nécessitent une collaboration renforcée entre le Conseil administratif et le Conseil municipal. Notre fonction commune, qui est aussi notre but, est d’agir pour améliorer le bien-être des habitantes et des habitants de cette ville, tout en assumant nos responsabilités de ville-centre de l’agglomération et de ville internationale.

Le Conseil administratif tient à affirmer sa volonté de dialoguer de manière constructive avec le Conseil municipal, afin que les projets et les prestations correspondent aux besoins de la population. Nous voulons travailler dans le respect mutuel et favoriser une transparence active. Nos échanges doivent avoir lieu dans un esprit de concertation. C’est pourquoi nous entendons renforcer les contacts avec les groupes et le travail en commission.

Pour réaliser ces priorités, il est évident que nous aurons besoin d’un service public fort, efficace et moderne. Le rôle de l’administration est de travailler dans l’intérêt général et de délivrer des prestations de qualité à la population. Nous tenons à saluer ici le travail remarquable accompli jour après jour par le personnel de la fonction publique municipale. Nous n’entendons pas remettre en question son statut, gage de continuité et d’indépendance. Au début de l’année prochaine, nous présenterons au Conseil municipal une Feuille de route pour la législature qui précisera nos intentions et nos projets.

Mesdames et Messieurs,

Malgré une conjoncture qui semble s’assombrir, nous avons confiance en l’avenir. Confiance dans le potentiel de notre commune, de ses habitantes et habitants. Les défis qui nous attendent sont autant d’occasions de déployer nos capacités d’adaptation, d’innovation et d’anticipation. Nul doute que d’ici 2020, nous aurons, ensemble, renforcé le rayonnement et l’image de notre ville.

Genève, 2 juin 2015

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